
Un mois marqué de rouge, qui m’a rappelé violemment la fragilité de nos vies. Tout le reste recule, cédant devant l’essentiel. Paix à mes proches touchés par le même malheur.
Musiques
• L’Outre-rêve, Récits initiatiques transfrontaliers, concert de l’ECM+ à la Salle Pierre-Mercure, le 9 septembre 2021
Conçu par Symon Henry et Véronique Lacroix, un concert multidisciplinaire avec mise en scène de Marie-Josée Chartier, qui voulait en mettre plein la vue dans un programme de créations de Annesley Black, Myriam Boucher et Snežana Nešić autour de celle de Symon Henry, L’amour des oiseaux moches. Beaucoup de bonne volonté, de travail, et de fantaisie. J’en retiens surtout l’investissement et le talent de Sarah Albu, la présence heureuse de l’accordéon (Matti Pulkki) et de la scie musicale (Émilie Girard-Charest). Toujours disponible en ligne !
• Quatuor Molinari, Concert intime à la Fondation Molinari, le 19 septembre 2021
Magnifique concert dont je rends compte dans ce billet : La force du Grand Méridien
• Orchestre métropolitain dirigé par Yannick Nézet-Séguin, à la Maison symphonique le 25 septembre 2021
Un concert offert au personnel soignant de Montréal en guise de remerciements. J’en dis plus ici : Le plaisir d’offrir
• Orchestre symphonique de Montréal dirigé par Raphaël Payare, à la Maison symphonique le 26 septembre 2021
Une nouvelle relation à surveiller entre le chef Payare et l’OSM, ici dans Farrenc, Haydn et Brahms. Une battue limpide, une grande énergie auxquelles répond un orchestre libéré, prêt à expérimenter. Que de promesses !
• Hélène Grimaud et Yannick Nézet-Séguin, Orchestre métropolitain à la Maison symphonique le 30 septembre 2021
Début de saison officiel pour l’OM : Eko-Bmijwang (Aussi longtemps que la rivière coule), 2021, de Barbara Assiginaak, belle pièce évocatrice que le public a adoré; la Symphonie n° 1, 1932, de Florence Price, une découverte sans être une révélation, très influencée par Dvořák; et le Concerto en sol, 1931, de Maurice Ravel, où une superbe connivence entre Nézet-Séguin et Grimaud n’a pas totalement effacé mon irritation devant certains maniérismes de la pianiste causant un excès de sentimentalité, particulièrement dans le 2e mouvement. J’aime mon Ravel sec, clac !
Lectures

• Michel Jean (Québec, 1960), Kukum, 2019, Éditions Libre Expression, 223p.
Si beau que ce livre efface tous les autres livres du mois… L’innu Michel Jean raconte son arrière-grand-mère Almanda Siméon. Sa langue simple et authentique suit le parcours étonnant de cette irlandaise d’origine, ayant grandi sur une ferme du Lac St-Jean et qui tombe amoureuse d’un jeune homme innu passant en canot. On la suit devenir véritablement innue et épouser la vie de nomade. Puis on souffre avec elle de la destruction de ce monde.
Cinéma
• Palpitant film américain, The Goldfinch, 2018, de John Crowley selon le célèbre roman de Donna Tart. Fidèle à l’histoire originale, on peut peut-être lui reprocher d’esquiver la réflexion sur l’importance de l’art.
• De Maïwenn, le film français ADN, 2020, où la réalisatrice et actrice explore maladroitement ses racines algériennes. On l’écoute pour le plaisir d’y retrouver Fanny Ardant, juste et tranchante.
• Petit film de la britannique Jessica Swale, Summerland, 2020, inutilement romantique et léché. Mais ah ! la campagne anglaise, quel réconfort !
• Série américaine en huit épisodes de Tony Collette, Unbelievable, 2019. Une traque policière pour retrouver un très organisé prédateur sexuel. Mais surtout, un plaidoyer pour la nécessité d’accompagner les victimes, dans le respect.
• Britney vs Spears, 2021, documentaire d’Erin Lee Carr. On peut très certainement ne pas apprécier l’artiste, mais son exploitation est franchement révoltante, le tribunal adoubant un patriarcat d’un autre âge. Pauvre petite…
• Une énième histoire de père indigne voulant se rapprocher et se racheter en fin de vie. Mais Kodachrome, 2017, du canadien Mark Raso, est bien mené. Vive le 35mm !
• D’une formidable idée de départ – les Beatles disparaissent de l’histoire et de la mémoire humaine pendant une panne planétaire, sauf pour une poignée d’irréductibles – le réalisateur anglais Danny Boyle a fait de Yesterday, en 2019, un superbe divertissement.
Arts visuels et architecture
• Architectour du Vieux-Port par Héritage Montréal. Une plongée dans l’histoire de ce lieu important pour Montréal, une promenade agréable, instructive, avec des points de vue insoupçonnés. Surprise d’apprendre que le Pavillon du bassin Bonsecours est l’oeuvre de l’architecte Luc Laporte. Nous y avons vu un rappel de son dôme au Lux sur St-Laurent, un haut-lieu de culture et de plaisirs dans les années 1980 que nous avons beaucoup fréquenté, malheureusement transformé en lieu d’affaires privé.
• Picasso. Figures au Musée national des Beaux-arts du Québec. Une impressionnante rétrospective de dessins et de peintures de Picasso sous le thème de l’image corporelle, sur laquelle le musée a voulu juxtaposer une approche très actuelle sur la normativité des corps et sur la difficulté d’approcher l’oeuvre d’un artiste qui a sans doute exploité ses muses, peut-être jusqu’à la violence. Intention louable, mais ratée à mes yeux. Picasso est ici extirpé de son contexte social et historique où le patriarcat est la norme, où la violence conjugale est pour ainsi dire autorisée. On appose sur les murs des citations sur la normativité qui ne collent pas au contenu de l’exposition. La seconde exposition en parlait beaucoup mieux.
Escapade
• Trois jours en solitaire au Monastère des Augustines à Québec, lieu de ressourcement magique. Avec des kilomètres de marche dans les quartiers St-Roch et St-Sauveur et la découverte d’une cuisine époustouflante de simplicité au Battuto.







D’accord avec toi pour Maestro Payare. On a vu le concert d’ouverture de l’OSM, le chef danse sur son estrade et les musiciens le suivent allègrement. Malgré les enjeux physiques de la cinquième de Chostakovitch: mon fils me dit: on dirait que le compositeur a voulu que chaque instrument soit exploité au maximum de sa capacité, je trouve que c’est une bonne observation. Ils semblent tous très heureux de jouer avec lui. En effet, ça promet!
Quel livre formidable, Kukum…C’est à peu près temps qu’on entende la vraie histoire des premières nations….Pour avoir entendu Michel Jean en parler, il semble que la maison d’Almanda à Mashteuiatsh soit devenue un site touristique du Lac-St-jean! C’est quand même réjouissant, je trouve…
Merci pour le billet et à la prochaine!
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Merci beaucoup, France, de ton commentaire ! C’est vrai que Chostakovitch est exigeant, j’apprécie aussi cette intensité. Ce matin, j’ai appris que Michel Jean vient faire paraître Tiohtiáke. À mettre sur nos listes !!
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