Pourquoi cet intitulé ?

Ça commence là

En 2014, je découvrais, éblouie, Les Employés de Siegfried Kracauer, sombre ami du philosophe Walter Benjamin. Dans la préface, Nia Perivolaropouloou raconte que Kracauer écrivait dans le « feuilleton » du Franfurter Zeitung. Le feuilleton, ce sont les pages culturelles et littéraires d’un journal en Allemagne. Ça m’a frappée : le voilà, le nom de mon blogue :  Das Feuilleton (le feuilleton).   J’allais faire das Feuilleton meines Leben (le feuilleton de ma vie), un feuilleton totalement biaisé par mes intérêts et mes goûts.  J’ajoute ma voix, ma couleur, aux autres feuilletons, de là, Ein Feuilleton (un feuilleton).

Kracauer se promène dans la ville, regarde, observe et analyse les gens, les films, les livres. D’une stupéfiante modernité, il est magicien de la formule. Comme le souligne Benjamin dans son compte-rendu du livre : « un chiffonnier dans l’aube blafarde, ramassant avec son bâton des lambeaux de discours et des bribes de paroles, qu’il jette dans sa charrette, en grommelant, tenace, un peu ivre, non sans laisser, de temps à autre, flotter ironiquement au vent du matin quelques-uns de ces calicots défraîchis : »humanité », « intériorité », « profondeur ». Un chiffonnier, à l’aube – dans l’aurore du jour de la révolution.»

Je m’y suis reconnue, la flâneuse qui lit au café, va au concert, s’intéresse aux films, à l’art et qui se promène dans les rues au hasard, regardant la vie, désespérant parfois des humains, consolée souvent par un détail, un fragment, une sonorité qui vient me chercher. Ces billets viennent de mon regard direct un jour, oblique le lendemain, l’oreille tendue au bruissement d’un art qui ne fait pas les manchettes. 

Référence

Siegfried Kracauer (Allemagne, 1889- États-Unis, 1966), Les Employés, aperçu de l’Allemagne nouvelle, (Die Angestellten), 1929. Édité et présenté par Nia Perivolaropoulou, suivi d’une recension de Walter Benjamin, Ernst Bloch, Theodor W. Adorno, traduit de l’allemand par Claude Orsoni. Les Belles Lettres, Paris, nouvelle édition revue et augmentée, 2012, 154p.

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