Portrait d’André Hamel
J’ai connu le compositeur André Hamel à la fin des années 1980. Il avait terminé alors des études en composition avec Serge Garant. De mon côté, je travaillais à la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) et, si mes souvenirs sont exacts, c’était après le décès trop précoce de Garant, qui y avait été directeur artistique depuis 1966.

J’ai toujours apprécié la formule portrait d’un compositeur, qui nous permet en une soirée de nous faire l’oreille au monde sonore d’un artiste, et aussi parfois d’en saisir l’évolution. Avec In auditorium – Portrait d’André Hamel, la SMCQ reprend la formule, un peu négligée depuis que la série Hommage est en place, où plusieurs oeuvres du compositeur « hommagé » sont jouées par des ensembles différents dans de nombreux concerts répartis toute la saison. Pour arriver à suivre tout, il faut être afficionados et posséder, soit de bons contacts, soit un portefeuille bien garni.
J’ai rencontré André Hamel cette semaine pour cet article. Il m’a raconté comment le directeur artistique Walter Boudreau lui a proposé de reprendre In auditorium, un oeuvre de 1998 pour 31 musiciens spatialisés, c’est-à-dire répartis en plusieurs endroits de la salle, une oeuvre phare de Hamel. Et on le laissait libre de construire le reste du concert. Hamel a plusieurs liens avec la SMCQ : il a été au comité artistique de 2000 à 2018, et treize de ses oeuvres ont été jouées. Il était désireux de présenter un portrait s’étendant sur une longue période de sa production, ici entre 1984 et 2017, soit 33 ans de composition. Hasard, synchronicité ou allusion sympathique, 33 est le nombre fétiche de Walter Boudreau.
Sa Pièce pour violon et piano de 1984 était son travail de fin de baccalauréat. Elle sera interprétée par sa fille violoniste Anne-Claude Hamel Beauchamp et par Louise-André Baril, fine accompagnatrice habituée de longue date des concerts de la SMCQ.
In auditorium, est une commande de Radio-Canada créée en 1998 pour le concert OSMCQ III, et qui s’est méritée un Prix Opus pour la création de l’année. Les 31 musiciens sont répartis autour de la salle pour une mise ne espace des sons qui est une des caractéristiques de la musique d’Hamel, et qu’il a exploré en particulier avec l’organisme Espaces sonores illimités, fondé avec ses collègues Alain Lalonde et Alain Dauphinais.
Vidéo-danse de la chorégraphe Guylaine Savoie avec une musique électroacoustique d’André Hamel, Intérieur nuit, 2006 condense en huit minutes la chorégraphie originale de 40 minutes. Cette pièce illustre un autre aspect de son travail de compositeur, pour la danse, ou pour des installations.
On ne pourrait imaginer un concert Hamel sans la participation de Quasar, ce formidable quatuor de saxophones. Depuis sa création en 2007, ils ont porté la pièce Brumes matinales et textures urbaines en sol canadien, américain, européen, l’interprétant près de 25 fois, une situation rarissime en musique contemporaine québécoise. On peut l’entendre une première fois ici, toujours par Quasar, pour se familiariser avec cette musique pleine de contrastes, qu’il est encore mieux d’apprécier en concert.
Finalement, l’Ensemble de la SMCQ sous la direction de Cristian Germán Gort reprendra L’être et la réminiscence, cette formidable pièce de 2017 écrite pour le Nouvel Ensemble moderne, Prix Opus de la création de l’année 2016-2017, toute en évocation et en émotion, dans laquelle Hamel utilise à fond sa dissociation élémentielle, une technique de composition qui juxtapose, superpose des éléments différents, un peu comme pouvait le faire l’américain Charles Ives, une figure influente du parcours d’Hamel. Cela se faisait déjà au début de la polyphonie au 13e siècle, dans des motets qui superposaient mélodies, textes en différentes langues qui parfois s’opposaient. Une technique à la fois délicate à utiliser et porteuse de sens, comme dans cette pièce, qui sait nous toucher au coeur.
Concert de la Société de musique contemporaine du Québec, à la Salle Pierre-Mercure, 26 septembre 2021 à 15h, billetterie, ou gratuitement en webdiffusion. Et pour en apprendre plus, un atelier pré-concert Plongée dans la musique spatialisée avec André Hamel et le chef Cristian Germán Gort, samedi 25 septembre à 15h30, entrée libre.
Retraite de Walter Boudreau
Plusieurs ont été surpris d’apprendre cette semaine l’annonce de la retraite de Walter Boudreau de sa fonction de directeur artistique de la SMCQ. Cependant quiconque attentif à sa manière aurait pu prédire qu’après 33 ans, son nombre signature, il pourrait avoir envie de conclure son implication à la SMCQ.

Je suis arrivée à la SMCQ en 1984 pour m’occuper des communications. En 1986, dans de tragiques circonstances liées au décès du directeur précédent, Daniel Sarijian, pour qui la SMCQ était au centre de son existence, j’ai été nommée directrice (on disait au début directrice administrative, mais le travail était le même qu’une direction générale), le compositeur Serge Garant, bien que malade, remplissait toujours sa fonction de directeur artistique, comme il le faisait depuis la création de la SMCQ. Trop vite, j’ai dû contribuer à l’organisation de ses funérailles, un moment fort émouvant pour la jeune femme que j’étais à ce moment, déjà ébranlée par la mort de Daniel. Le compositeur Gilles Tremblay, alors président du conseil d’administration, a ajouté la direction artistique à sa tâche. Ce furent deux années d’exploration, de joyeuse extravagance, cependant difficile à soutenir pour une petite organisation comme l’était la SMCQ, prestigieuse certes, mais pas très riche.
En 1988, Walter a été nommé directeur artistique. Quelques tristes figures me prédisaient maille à partir avec ce personnage provocateur, au verbe haut et aux extravagances pires encore. Que nenni ! Pendant près d’une décennie, nous avons formé une équipe vouée à la musique de notre temps, à communiquer notre enthousiasme par de très nombreux événements et par des concerts mémorables. Je pense ,parmi tant d’autres, à un des concerts soulignant le 25e anniversaire de la SMCQ au Quai no 9 du Port de Montréal en juin 1991, un grand hangar abandonné où les auditeurs ont accompagné cérémonieusement un piano sur une plateforme roulante et ont dû assembler eux-mêmes leur banc de carton, souvent avec l’aide d’artistes, dont Armand Vaillancourt, Guido Molinari ou Madeleine Arbour. Ce soir-là, il y avait au programme des oeuvres de Jean Papineau-Couture, de Serge Garant, une création de R. Murray Schafer et finalement, la création d’une oeuvre spectaculaire de Gilles Tremblay, Musique du feu, incluant à la fois des mélodies du Moyen Âge et le grincement de l’immense porte de métal s’ouvrant sur la nuit au-dessus du fleuve et cet immense oiseau sur échasses allumant un feu puis balançant ses ailes au-dessus de la scène et du public. Walter, jubilant, dirigeait ses troupes dans cette véritable aventure. J’ai toujours cru que ce concert totalement hors norme avait contribué à l’obtention du Grand Prix du Conseil des arts de Montréal en 1991. Mais Walter et son comité artistique avaient d’autres événements grandioses dans leurs besaces pour les années à venir. Il me reste de très bons souvenirs de ma collaboration avec Walter. Il a la gentillesse de me remercier, moi et les autres directeur/ directrices qui m’ont succédé, dans le programme du concert du 26 septembre prochain. Je l’en remercie et lui souhaite de se consacrer à ce que, malgré toute son activité, il sait faire le mieux : composer. On attend les nouvelles pièces !

