Le 17 août 2021, l’ensemble I Musici de Montréal a mis en ligne, gratuitement, le dernier concert du chef Jean-Marie Zeitouni à titre de directeur artistique avec l’orchestre. Il est étonnant que ce concert enregistré le 15 avril 2021 à l’Église St-Jax de Montréal et clôturant dix années de collaboration entre ce chef et cet orchestre ne soit disponible que du 17 au 31 août, dans le plus creux de la saison musicale. Le nombre famélique de vues sur YouTube est sans doute le résultat de ce choix.
Mais ne boudons pas notre plaisir, car réel plaisir il y a, et allez écouter ce concert d’un orchestre de chambre en parfaite connivence artistique avec son chef. Demain dimanche, où de nombreux Montréalais seront assignés à résidence par le blocage des rues permettant le Tour de l’île, ce concert sera parfait avec votre 2e café du matin ou l’apéro de l’après-midi.
Titré Émotions à fleur de peau : les élans passionnés de l’âme slave, le concert programme six œuvres, chacune présentée brièvement et intelligemment par Zeitouni:
– Béla Bartòk (Hongrie, 1881-1945) : Danses populaires roumaines, SZ 56, 1917
– Henryk Górecki (Pologne, 1933-2010) : Trois pièces dans un style ancien, 1963
– Pēteris Vasks (Lettonie, 1946): Musica dolorosa, 1984
– Britta Byström (Suède, 1977): A Walk to Tjajkovskij, 2017
– Piotr Ilitch Tchaïkovski (Russie, 1840-1893): Souvenir d’un lieu cher, op. 42, Méditation, 1878
– Sándor Veress (Hongrie/ Suisse, 1907-1992): Quatre danses de Transylvanie, 1943
Zeitouni a toujours eu un sens raffiné et inventif de la programmation, incluant fréquemment des œuvres moins jouées, comme la pièce de Tchaïkovski, ou de compositeurs moins connus, comme Vasks ou Veress. Notons aussi l’inclusion d’une compositrice, Britta Byström, une tendance qu’on espère pérenne dans tous les concerts, même si c’était l’œuvre la moins intéressante du concert. Par contre, elle donne au moins envie d’aller en entendre plus.
Visuellement, la captation est un peu bancale, même si la production bénéficiait de trois caméras. Quelqu’un a oublié de vraiment regarder, car il y avait, entre autres, un lutrin qui traînait juste derrière le chef, dans un des angles de vue les plus fréquents. Et on peut aussi regretter de gros plans peu avantageux pour certains musiciens ou que le premier coup de pied des musiciens dans le Veress ait été raté. On l’a vu ad nauseam depuis la pandémie, l’art de filmer un concert est très difficile et la plupart des équipes sont néophytes. Elles auraient intérêt à aller observer l’art du Berliner Philarmoniker, le maître des captations, avec une réalisation qui sait anticiper la partition. Par contre, et c’est l’essentiel, l’enregistrement sonore est excellent et je salue l’ingénieure de son Mathilde Lemieux. La diffusion du concert est précédée d’une présentation sur la musique slave, y compris sur la Serbo-Québécoise Ana Sokolović, jolie initiative, mais à raffiner pour ne pas donner l’impression qu’on va entendre sa musique!
Cela étant dit, l’essentiel est le concert lui-même, son interprétation sentie, l’intonation parfaite, le désir partagé et réussi de nous faire toucher à cette émotion slave. La joie de Zeitouni à présenter cette réussite et l’engagement des musiciens à y répondre fait plaisir à voir et à entendre. Il est désolant et manquant de classe que l’administration de l’orchestre ne trouve pas mieux que ce long silence pour souligner l’achèvement du mandat d’un chef qui a tant fait pour cet orchestre, et je ne suis pas la seule à le déplorer.
Je souhaite à Jean-Marie Zeitouni une belle continuation où tous ses talents seront mieux salués, et à cet orchestre, maintenant solide et intéressant, un chef qui saura bâtir sur cette fondation.

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